L'enfant et la rivière

Publié le 25 Septembre 2025

La bibliographie d’Henri Bosco est très riche mais aujourd’hui il sera question du livre initiatique "L’enfant et la rivière".

 

Dans un  coin de Provence vit un jeune garçon répondant au joli nom de Pascalet. L’enfant  coule une existence heureuse au bord d’une rivière – une rivière dangereuse dont il doit  de se tenir éloigné. Autant demander à un chat de ne pas manger le rôti posé sur la table.  Bref, un matin, Pascalet   embarque et se laisse glisser au fil de l’eau.  Il finit par  tomber sur  Gatzo, un jeune gitan. Ensemble, les deux enfants  vont s’enfoncer toujours plus profondément dans le monde de la rivière.

 

 

 

Illustration de Marie Galle

Ce livre m’a passionnée et devenue adulte, j’ai écrit un récit hommage :  

"L’enfant de l’ourse"

Dans le rôle de Pascalet : Artus

Dans le rôle de Gatzo : Zaato.

Les chapitres : Le questionnement - Le lac - Les labyrinthes - Les retrouvailles - Le retour d’Artus.

 

Extrait :

Pour échapper à une inondation, Artus et Zaato  quittent le rivage du lac et  se réfugient dans la forêt.

En ce premier jour, nous fîmes l’inventaire de ce que nous avions emporté de la grotte et qui était nos possessions ultimes : les vêtements que nous portions et que nous avions mis à sécher aux branches d’un frêne, une pelote de ficelle, une paire de jumelles,  une mince couverture, le couteau de Placide et une paire de chaussures appartenant à Zaato et qu’il m’avait passées. Elles étaient un peu trop grandes mais c’était mieux que rien car dans la forêt pas de sable comme sur la plage,  sous les pieds, pas seulement  de l’humus, aussi  des ronces, des cailloux, des aiguilles de pin. Nous n’avions pas grand-chose mais surtout nous avions perdu notre bien le plus précieux : le coq rouge. Le feu.  Nous en avions pourtant bien besoin car Zaato était malade. Il avait pris froid. Il toussait et avait de la fièvre. Je me rendis compte avec terreur que notre survie dépendait de moi seul et que j’étais complètement dépassé par la situation. Je n’étais pas Zaato. Je ne savais rien faire et j’avais peur de tout. Pour la première fois, je regrettai le manoir,  les  petits carrés bien ordonnés  du jardin, du potager, du verger et tante Délina qui ne voulait pas que je dépasse la Croix de l’Ours.

Les jours et les nuits se suivaient et je les aimais. J’aimais ce que je voyais, ce que j’entendais, ce qui pénétrait en moi par tous mes sens en éveil. Je voulais partager avec mon ami mais lui qui n’avait jamais été bavard était devenu taiseux, taciturne, sombre. Sombre mais pas ombrageux pour autant. Il était ainsi, tissé de silence et de solitude. J’acceptais ce silence qui, loin de nuire à notre amitié, la confortait.   Je regardais Zaato et il m’apprenait à vivre.  J’aimais cette façon qu’il avait de faire partie du monde, d’évoluer au même rythme, sur les mêmes lignes de forces comme s’il était relié à l’univers  par un  invisible courant. Moi, avec mes chaussures, il me semblait que je boitais. Elles étaient trop grandes, ces chaussures,  mais surtout, ce n’était pas les miennes.

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