Les contes du chat perché

Publié le 27 Octobre 2025

Delphine et Marinette vivent à la ferme avec leurs parents et des animaux qui parlent. Ca ne s’invente pas… sauf si on est Marcel Aymé, auteur fantasque du début du XXème siècle.  

Comme il parle lui aussi, il  explique  l’origine de ses "Contes du chat perché" : Je me suis assis sous un pommier et le chat m’a raconté des aventures qu’il était seul à connaître, parce qu’elles sont arrivées à des bêtes du voisinage et à deux petites filles qui sont des amies. Ces Contes du chat perché, je les donne ici sans rien y changer. L’opinion de mon ami le chat est qu’ils conviennent à tous les enfants qui sont encore en âge où on peut comprendre les bêtes et parler avec elles. Comme Delphine et Marinette.

En fait, les contes se distribuent  en deux tomes, chacun présentant des animaux différents :

Les Contes bleus du chat perché : le bœuf, le chien, le paon, les vaches, le chat.

Les contes rouges du chat perché : le loup, le cerf, le chien, le canard, la panthère, le jars, l’âne, le cheval, le mouton, les cygnes.

Dans les éditions du XXIème siècle, il y a aussi… le mammouth.

Le livre a en effet toujours  beaucoup de succès. Depuis sa création il a fait l’objet de différentes adaptation : BD, livres jeunesse, livres illustrés, séries télévisées, disques. Il y a même… un opéra.

 

J’ai moi-même écrit quelques historiettes à partir de mon vécu dans une  ferme, par exemple, Tatane le cochon. Le texte a été publié dans le journal Le hérisson.

Tatane habite là, dans la soue  juste en face du poulailler. Il est vraiment joli avec ses oreilles qui lui tombent devant les yeux et ses grosses fesses qui oscillent sous ses pas. On dirait un gros bonbon rose. Tatane est un cochon. Tous les jours, je lui fais son ménage. J'enlève la paille souillée avec la fourche, je la mets dans la brouette puis sur le tas de fumier dans un coin de la cour. Après ça, un petit coup de balais et le tour est joué. Tatane est un animal très propre. Comme il n'a qu'une pièce habitable, il a un coin pour manger, un coin pour  dormir  et un coin pour faire ses besoins - quand il ne peut les faire dehors parce que la porte est fermée.

Après le nettoyage, je vais chercher de la paille au fenil. C'est le grand chambardement sous les combles, des chats s'éjectent de partout, ébouriffés, griffant et crachant comme un cent de vipères. Je jette la paille dans l'écurie et j'appelle : Tatane, viens faire ton lit. Une fois, deux fois. D'habitude il vient mais là, non, il ne vient pas. Tatane est au bout de la prairie, en train d'entamer le dialogue avec un employé de l'EDF. L'homme qui vient de terminer les réparations de la ligne voudrait redescendre  du pylône mais il n'ose pas : au pied du pylône, Tatane l'attend. De nouveau je l'appelle. Cette fois, il obéit. Tadagada, tagada,  il dévale le pré, plonge sous les barbelés, fait un crochet pour éviter une poule et déboule dans la soue. De son groin, il déchiquète le ballot de paille, le secoue, l'étale dans tous les coins. Après, comme un bidasse qui a fait son lit au carré, il se met au garde-à-vous devant moi. Je le gronde pour l'homme de l'EDF qui a regagné sa voiture en courant et surtout pour les patates qu'il a déterrées au jardin pendant que je taillais le rosier. Mi furieuse mi rieuse, je lui donne une bonne  fessée sur ses jambons. Il émet alors un très fort grognement et, me tournant le dos, plonge tête première dans la paille qu'il soulève et laisse retomber sur lui jusqu'à disparaître complètement. Par ces façons, il me signifie qu'il coupe les ponts, qu'il rompt la relation si patiemment tissée. C'est un fait, il n'y a pas à tortiller,  Monsieur Tatane boude.

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