Conte de ma mère l'oie
Publié le 22 Décembre 2025
Noël, Noël... C'est la fête dans la chaumière. J'ai sorti de la boîte les petits anges enrubannés, les bougies, les guirlandes. Le sapin est là, trônant majestueux au milieu du salon. Dehors, il fait un froid de canard. La terre grelotte. Dans leurs refuges, les animaux se terrent. J'allume la télé, histoire de voir si le monde tourne toujours aussi rond avec les roues carrées qu'on lui a mises. La télé diffuse une émission de cuisine concoctée aux p'tits oignons. Pour le menu du réveillon, le cuisinier de service décline tout l'assortiment de volailles qui fait la joie des fins gourmets : poulet de Bresse, caille, chapon, canard, dinde, oie...
De l'oie, oui, j'ai bien entendu. Le cuisinier conseille de manger de l'oie... Vite, baisser le son... trop tard... dans la cour, Bécassine mon oie de Guinée cacarde à qui mieux-mieux : déjà trois ans que j'en réchappe, de vos agapes ! Aux p'tits pois le cuistot, aux p'tits pois !
Je sors, prends l'oie furieuse dans mes bras, la cajole : comme tu es bête, Bécassine, ma Sassine, ma belle assassine, tu es acariâtre, vindicative, colérique, outrecuidante, tu attaques le facteur, tu casses les œufs des poules, tu harcèles le chien mais je t'aime. Jamais tu n'iras dans ma casserole.
Ma belle Bécassine tend alors son long cou de serpent, se met à battre des ailes et des pattes. Elle n'aime pas être traitée comme un bébé. Je la lâche et elle s'envole, fièrement, comme si pas un moment elle n'avait eu peur, comme si pas un moment elle n'avait douté. Brave Bécassine !
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